DANIEL BOULANGER et la CRITIQUE Daniel Boulanger,jardins des éditions Gallimard, 8 mars 1971 photo J. Sassier/ Gallimard
" Dans ses recueils de nouvelles, qui ont pour cadre le petit monde constant de la province Le Chemin des Caracoles, Fouette Cocher !, l'Enfant de Bohème, Le Chant du Coq, il mêle la convention apparente et l'insolite, l'insignifiance des situations et leur assomption par les mots tendrements choisis, le racontar empoisonné et l'irrisation par les songes. On trouve dans ses romans et récits et ses "retouches" le même amalgame mystérieux qui fait la part de plus en plus belle à l'absurde et au fantastique".
"Dictionnaire des Auteurs de tous les temps et de tous les pays", coll. Bouquins, Editions Robert Laffont.
" Roman ou nouvelle, le récit reste pleinement réaliste mais le narrateur met tout en oeuvre pour que le lecteur ne puisse un instant douter que ce réalisme est un simple jeu ; grâce à une habile combinaison de rigueur réaliste et de virtuosité fantaisiste, le récit ne cesse d'osciller comme si le lecteur était invité, tout en se situant à l'intérieur d'un système réaliste, à se porter en même temps à l'affût d'un autre monde et d'une autre littérature: effet que Boulanger obtient en variant le style, en cultivant certains effets de surprise, en pratiquant techniquement une sorte d'acrobatie perpétuelle, un jeu de trapèze entre deux manières d'écrire, la traditionnelle et la moderne. Le lecteur peut être déconcerté et fasciné à la fois par ce jeu d'échange perpétuel entre le naturel et l'artifice."
Henri Lemaire in "L'aventure littéraire française du XX ième siècle". Bordas et Fils, 1984.
"Parfois l'abondance d'une oeuvre déroute et inquiète : chez Daniel Boulanger, elle ravit. Romancier, poète, dramaturge, scénariste, surtout nouvelliste, homme de théatre, Boulanger appartient à cette race d'écrivains pour qui chaque moment de la vie est un moment de création. C'est en effet au coeur du quotidien qu'il puise la matière de son inspiration. Fils spirituel de Paul Morand, le nouvelliste Boulanger est fasciné par l'exercice du texte bref, parce qu'il permet de peindre des destinées banales, secondaires- souvent provinciales- et de raconter ce qui d'un instant à l'autre, le fait chavirer. Ainsi sur fond de sérénité apparente, Boulanger inocule l'angoisse, la folie, le fantasme, l'accident, la Mort.
"Expert "en faits-divers, l'auteur des Noces du Merle croque une cartomancienne, un PDG, un notaire, un pharmacien, un oiseleur, toutes gens que l'on croise dans la rue sans les voir. Avec un naturel éblouissant, Boulanger nous dévoile au détour d'un accident anodin, leur peur intime, leur existence secrète.
A son récit, Daniel Boulanger donne de la tendresse, de l'humour et de l'acuité, qualités qu'il met également au service de ses univers romanesques et poétique. Tout l'écrivain est dans cet aveu confié à un journaliste : "je n'aime pas le fantastique, sauf s'il est à portée de main."
Jérôme Garcin in "Dictionnaire des littératures de langue française". J-P de Beaumarchais, Daniel Couty, Alain Rey. Bordas, Paris,1987.
"Boulanger, il faut essayer de comprendre comment il fait. Quatre-vingt-dix sur cent des écrivains, vous pouvez finir la phrase à leur place et vous savez , avant de tourner la page, ce que vous trouverez en haut à gauche, au verso. C'est un art trés subtil de toujours surprendre le lecteur, de ne jamais placer sur la portée la note attendue (espérée? redoutée?), d'inventer la comparaison cocasse, l'adjectif flamboyant, l'image piquante."
François Nourissier , Le Figaro magazine, janvier 1992
"Parce qu'il a hissé l'humour au rang de "frère farceur de la charité" et que le langage lui rend au centuple l'amour qu'il lui porte, il faut découvrir, redécouvrir ce maître dans l'art de déguster la vie en état d'apesanteur"
Gabrielle Rolin, L'Express, mars 1992
" A-t-on jamais vu une collection d'hurluberlus, de maniaques, de folles, d'hystériques, de mélancoliques, d'originaux, voire d'assassins comparable à celle rassemblée par l'auteur de Mes Coquins ? L'univers de Daniel Boulanger est pire que le monde glauque des romans policiers, car il est faussement bonhomme, familier, rassurant. Nul recours facile à l'exotisme, au dépaysement, aux extrémités de la violence moderne. Non, rien de tel, mais des haines sourdes, de vielles inimitiés recuites, des tartufferies nauséabondes, des rancoeurs inassouvies qui divisent et unissent les habitants des petites villes ou des bourgs de fonds de terroires"
Bruno de Cessole, Le Figaro littéraire, février 1993.
" Boulanger semble composer le tableau d'une certaine province telle qu'on ne cesse de la rêver depuis Giraudoux ou même Jules Romains, sans oublier Gabriel Chevallier et son inaltérable Clochemerle. Le réalisme s'y mêle à l'invention souriante, à son tour relevée d'une pointe d'ironie. La chronique de la cité s'y nourrit des évènements infimes du quotidien. Une façade d'insignifiance parâit y suffir au bonheur de chacun. Tout cela pourrait passer pour gentiment naïf, dans une ambiance d'aimable légèreté, si le récit ne suggérait quelque chose de plus trouble. Si certains charmants petits travers ne laissaient pressentir des lézardes autrement profondes.. Il y a chez lui un Simenon qui aurait lu Queneau, passé maître dans l'art de suggérer, tout en se jouant, la profondeur d'un univers. Et si l'on en doit distinguer un auteur "que dans le demi-jour du confessionnal, derrière les grilles que sont les lignes de ses livres", alors il ne fait pas de doute que Daniel Boulanger se présente come un maître du trompe-l'oeil : même sens de la déformation et de la fausse perspective, même capacité enfin à faire surgir le vrai du faux, même aptitude enfin à faire naître le trouble et l'inquiètude dans le regard du spectateur-lecteur. Un travail d 'orfèvre."
Jean-Claude Lebrun, l'Humanité, 15 mars 1996.
"Ce n'est un secret pour personne : Daniel Boulanger est un jouisseur- "j'écris des livres que j'aimerais lire"; un être plein de tolérance - "présentez-moi un con, j'essaierai de voir l'heure où il ne l'est pas" ; un amoureux du beau -"dont sort toujours du bon"; en un mot, il s'intéresse aux gens, ceux qui vivent dans une France vaguement oubliée du temps, et qui est sur le point de disparaître. Clémence et Auguste ne déroge pas à cette règle de vie : Daniel Boulanger aime raconter, avec sensualité et truculence,avant tout, parce qu'il aime écouter ; Au buffet d'une gare, il attirera inévitablement les confidences d'un solitaire qui attend sa correspondance ;dans la rue, il croisera une voisine qui se promène avec les restes déterrés de ses huit chats dans son cabas noir ; boulevard des Italiens, il rencontrera une femme qui habite en face de chez lui : celle qui prend pour un professeur de piano , et qui fait la retape juchée sur des talons hauts. Vous l'aurez compris : inutile de rêver la vie, elle rêve à vote place."
Gérard de Cortanze, Le magazine Littéraire, juin 2000
"Daniel Boulanger n'est pas un auteur à "message". Il place ailleurs son exigence . Conteur-né, il poursuit le réel par des chemins connus de lui seul. Poète, il débusque le fantastique intime, l'insolite quotidien. Dédaignant de prouver, il se contente de montrer car il sait que son oeil voit ce que nous ne voyons pas, et là où nous ne voyons pas. Il a le regard intérieur de ceux qu'une connivence heureuse lie à l'âme des choses comme à celle des gens. il se montre ainsi profond, miroitant et singulièrement divers.
Observateur indiscret, amusé, parfois tendre, doué en tout cas d'une étonnante acuité qui a l'air toute naturelle, Daniel Boulanger trouve la faille -pour ainsi dire l'erreur fatale- de chacun, et en quelques lignes extraordinairement justes et pénétrantes, nous la fait découvrir. D'un coup, avec une éblouissante désinvolture, il retourne les vies comme des gants. Ce qu'il met à nu est souvent bien douloureux, bien amer, mais un humour plein de charme même quand il est le plus noir, rend le tableau plaisant, voire cocasse, créant la distance qu'il faut pour que l'émotion grince et que le drame fasse rire. Daniel Boulanger donne à toutes les passions des visages, à tous les états d'âme des noms propres, à tous les détours humains le poids et la forme d'une destinée."
Achille Legrand. Montréal (internet).
Daniel Boulanger
Grand prix de la SGDL pour
l'ensemble de son oeuvre à l'occasion de la parution LES
MOUCHES ET L'ÂNE
HONNEUR ET PLAISIR, nous accueillons
aujourd'hui au moins cinq hommes en un, le poète, le nouvelliste,
le dramaturge, le scénariste, tous les Daniel Boulanger
rangés derrière le romancier Daniel Boulanger, puisque
c'est lui qui va recevoir les lauriers mérités à
égalité par tous ses avatars.
Les papillons vous le diront, la légèreté
ne s'apprend pas. Mais pas plus que la gravité n'est la
pesanteur, ni la profondeur l'obscurité, la légèreté
n'est vacuité ou futilité. Pour goupiller tout ça
ensemble, on dira que la légèreté n'exclut
ni la gravité, ni la profondeur, qu'elle peut les révéler,
au contraire. Voilà ce qui nous séduit chez Daniel
Boulanger. Entre ses lignes comme à travers des lames de
persiennes, on aperçoit son il qui nous vrille. Le plus
souvent il sourit, mais toujours il vrille.
Roman terriblement plaisant et plaisamment terrible, les Mouches
et l'âne sourit et vrille, comme son auteur. Il conte
un crime politique parfait. On empoisonne un président
de la République plutôt bon bougre, on fait porter
le chapeau à un amnésique, on n'en conçoit
aucun remords. À bien y regarder, ce n'est pas moral. Et
s'il n'y avait que ça ! Dans les Mouches et l'âne,
il est question d'une pièce de théâtre, du
véritable violon de M. Ingres, des fresques pariétales
de la grotte de Bargetal, d'un tableau de Gros représentant
un Marie-Louise impérial, du manuscrit médiéval
d'Emberge, toutes choses auxquelles s'attache un ministre de la
Culture pas mauvais bougre, lui non plus Eh bien ! tout est faux,
forgé, factice, frelaté et contrefait ! Ce monde
bidon, les personnages de Boulanger - y compris ses anarchistes
présidenticides - s'obstinent à l'aimer sans forcément
en chercher la vérité. " Le faux croise le
vrai, écrit-il, et tous deux vont délivrer le divin.
" Le divin plaisir de lire, en tout cas : chez Boulanger
le bonheur d'écriture est constant, la lecture se grappille
comme un groseillier. Voyez ces " collines maternelles où
dorment des villages repus ", ce photographe " toujours
dans son buisson d'éclairs ", goûtez la bière
des princes " qui sent le harnais et le nid de cigogne "
Un écrivain peut-il faire uvre plus utile et plus belle
que de nous montrer à aimer le monde malgré tout
?
Georges-Olivier Châteaureynaud
Les Grands Prix de Printemps 2001 ( http://www.sgdl.org/danielB.htm)