DANIEL BOULANGER
Bibliographie commentée1980/2000
2ième partie

"Qu'est la vie sans mémoire ?" Daniel Boulanger
(cliché A. Baumann/ Sipa press)
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- Un Eté à
la DiableLe roman, dédié aux cigales, baigne dans une atmosphère musicale et estivale.C'est un roman lumineux, un déjeuner de soleil où notre héros, un avocat en vacances, est en quête de musique, de chaleur et cherche une femme à aimer. Il croise quatre femmes, aussi peu ordinaires l'une que l'autre, qui l'entrainent dans un labyrinthe de ruelles et d'aventures. Déboussolé, notre héros, rentré à Paris, gagnera un procés dans une histoire de faux tableaux et découvrira que l'Amour était tout prés de lui.
Roman "mineur " qu'étouffe (?) la virtuosité de l'écriture, l'Eté à la diable déroute. Le lecteur est pris de vertige, comme le héros, dans ce tourbillon de femmes et de musique. La relative minceur de l'intrigue et le peu d'intérêt que l'on porte aux personnages, qui semblent insaisissables, irréels, est compensé par l'éclat baroque d'un style absolument somptueux, qui vaut, à lui seul, la lecture du roman.
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-Ursacq
Collection blanche, Gallimard.
1993.
Le Grand Livre du Mois,
1993
Coll.Folio/Gallimard (n°2669).1994
ROMAN
Attention, chef-d'oeuvre !
Monsieur Louis dispose des êtres comme des choses. Les objets, il les connait, il les reçoit et les disperse en salle des ventes. Il en note le parcours. C'est par eux qu'il voyage et connait les goûts et les couleurs de son monde. Monsieur Louis est un habitué de L'Aveugle, la maison close de Madame Henriette. Depuis dix ans, Monsieur Louis pousse Divine, une prostituée, d'écrire ses mémoires érotiques. Ce livre qu'il désire merveilleux, il le nourrit de toutes les fantaisies des clients de la jeune femme.
voir "URSACQ" page "Daniel Boulanger, inventaire"
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- Le Retable WasserfallA l'hôtel Stellaire, à Marseille, une Académie internationale quasi clandestine composée de huit écrivains réputés, tient ses assises annuelles. Le sujet du colloque est le retable Wasserfall, du nom d'une illustre dynastie de sculpteurs. La femme de chambre, Ulli, qui écoute aux portes, est la dernière des Wasserfall et finit pas se croire la réincarnation de la première. Elle ne songe qu'à partir pour les Cyclades où son oncle a vu disparaître le retable pendant la guerre.
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- Caporal SupérieurA Saint-Bastin, petite station balnéaire de la côte picarde, trois notables disparaissent sans laisser de trace. Barnel l'ancien, de la cidrerie Barnel, le photographe d'Art Dubonnat et le notaire Mr Bouverie. Tout Saint-Bastin est en émoi. Le journal local "le Phare" apporte chaque jour sa dose de commentaires et le commissaire de police Chanfrein esaie de démêler les fils de cette série de disparitions bien étranges. D'autant que tout ramène l'enquête vers Mme Chambourd, veuve d'armateur encore séduisante et qui a deux marottes : la peinture et la vie des tueurs illustres... Bientôt Saint-Bastin apprend que les disparus ont tous été, chacun leur tour, les amants de Mme Chambourd...
Avec Caporal Supérieur, Daniel Boulanger inaugure une nouveau genre "La fantaisie policière" et son style se métamorphose, acquiert une musicalité et une légéreté de cristal, une liberté qui est celles des grands prosateurs. L'intrigue n'est souvent qu'un prétexte car ce qui compte ce sont les personnages décalés, les dialogues brillants, les situations incongrues, les formules et les trouvailles d'écriture. Magicien du verbe, Daniel Boulanger est un enchanteur. Trés peu d'écrivains manient avec autant de bonheur la fantaisie, l'humour et la liberté de ton.
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- Le Miroitier
Collection blanche, Gallimard.1996.
-TalbardTalbard est une petite ville du Jura, calme, tranquille qui a mérité le titre officiel de "ville amène" mais où les distractions sont rares. Alors, on se moque, de l'équarisseur local et de ses trois femmes (!), on bavarde, on joue au billard au Café Gris. Bref, on s'ennuie. Jusqu'au jour où Talbard est révéillée par l'arrivée d'une équipe de cinéma ( les habitants de Talbard servent de figurants au film qui se tourne) et les agissements mystérieux d'une voleuse de portefeuiles dont le seul indice est "un papillon de nacre entre les seins". Le journaliste local et le commissaire de poice sont sur les dents. Les victimes essaient eux aussi de mettre la main sur la coupable mais tout ce dont ils se souviennent , c'est d'un parfum capiteux, envôutant...
Placé sous le signe de la comédie et de la fantaisie policière , Talbard est un brillant exercice de style qui n'ajoute rien à la gloire de l'auteur mais qui nous tient sous son charme grâce aux personnages dont Boulanger a le secret et au ton inimitable qui est le sien.
Bien que moqueur à l'encontre du monde du cinéma, le tournage du film à Talbard reste secondaire, Boulanger préférant développer la piste policière. Les vols permettent aux habitants de bavarder, de faire courir des rumeurs et bâtir un personnage inventé de toutes pièces (voir Jules Bouc).
C'est encore une fois les femmes qui tirent les ficelles et Boulanger crée un personnage fascinant, celui de Germaine, femme obèse clouée au lit et mais qui fût autrefois gymnaste accomplie. Quel meilleur symbole de cette dialectique du mouvement et de la fixité , thème récurrent chez Boulanger, cristallisé en ce personnage formidable, quasi-médiumnique et qui règne secrétement sur la ville.
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- Tombeau d'Héraldine
Collection blanche, Gallimard.1997
Dans la collection Folio sous le n°4237
édité par Gallimard Hommage à Héraldine ! Maîtresse d'elle-même et de l'Histoire, elle illustre cette manipulation des faits qui n'étonne plus personne. Elle sait que le boniment est le sel des jours et que l'Histoire est la nôtre : chacun doit la faire à son gré. Allant jusqu'à tourner à profit les dérives de sa santé, elle ignore le qu'en-dira-t-on et partage la réflexion de Montaigne : « Je pense qu'il faut se prêter aux autres et ne se donner jamais qu'à soi-même. »
Source : Folio, Gallimard
Héraldine, baronne d'Antan, règne sur son chateau et le petit bourg d'Entoise. Elle le fait visiter aux touristes auquels elle livre, selon son humeur, les discours les plus farfelus, inventant des anecdotes et des personnages historiques, des épisodes scabreux ou sanglants. A ses côtés, son homme à tout faire, Kleber Machencourt, chauffeur et brocanteur, disperse, au compte-gouttes, le mobilier du chateau. Survient un de ses copains de régiment qui l'associe à un mauvais coup; pendant ce temps, Héraldine, promène sa fantaisie, se passionne pour les romans policiers et le somnanbulisme.Retrouvant le ton loufoque de Caporal Supérieur, Tombeau d'héraldine est un livre absolument délicieux. Le personnage éthéré de la chatelaine étourdie Héraldine, blonde altière, sentant l'ambre et le genêt, d'âge imprécis, est une réussite totale et on est presque amoureux de cette fée qui illumine le chateau de sa désinvolture et de sa fantaisie. Autour d'elle gravite un couple de vieux gardiens, une voyante et une harpiste qui fait de l'animation musicale au chateau.
Boulanger, encore une fois, fait feu de tout bois. Tombeau d'Héraldine pétille comme du champagne là où tant d'écrivains nous servent leur éternelle bibine. Rien de tel avec un auteur touché ici par la grâce.
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- Nouvelles
Mémoire de la Ville-Vessies
et Lanternes-La Barque Amirale-Fouette Cocher !
Collection blanche, Ed.Gallimard.1999.
NOUVELLES

- Le Ciel de Bargetal
Editions Grasset.1999.
Le Livre de poche,
2001
ROMAN
Le ciel de Bargetal, dans la baie de Somme, est l'un des plus beaux du monde. Au point que le peintre Quentin Braquart, natif du coin, en fait son motif unique. A l'enseigne de L'étoile de Mer, le couple Braquart ne pense qu'à cette industrie et ne s'occupe guère de son fils Manuel, plaçé comme garçon à tout faire à l'hôtel Conquette, à côté de la galerie. Manuel est un jeune homme disponible qui pour tout s'en remet au hasard. De Bargetal à Paris, il devient chauffeur, fleuriste, amoureux trop vite éconduit avant de rentrer à Bargetal pour devenir...fossoyeur.
Roman, à la fois grave et cocasse, le véritable héros du livre n'est pas Quentin Braquart, le peintre de nuages, mais son fils Manuel, qui part à Paris entraîné par un couple de producteurs. Quasi-orphelin, sa famille l'ignore, Manuel est un de ces anti-héros, êtres falots, immatures, invertébrés que Boulanger semble affectionner. le livre se lit aussi comme "le roman dans le roman" d'un personnage écrivain, venu rendre hommage à son maitre décédé. Le roman, bien qu'il débute par "le pessimisme est un vilain défaut" semble constamment contredire cette introduction. Il commence par une mort (le viel écrivain) et finit par un enterremen t( la veuve Caillabret). Le ton n'est pas gai "nous naissons tous morts" et le style de l'auteur bien moins chamarré, coloré, léger et fantaisiste qu'à son habitude.
Tout le roman semble être une métaphore de l'absence, du vide de l'existence, qui se résume à une petite vie tranquille, morne, résignée et pour qui le rêve est un refuge et une fuite. "cependant leur vie a la grande qualité d'être un rêve. Chacun se contente de ce possible sans le faire tomber dans le monde pollué". les nuages du peintre sont comme "une sorte d'absence trés présente" de même que la peinture du monde du cinéma (où l'on retrouve l'actrice Hughette Nacre de "talbard") sonne comme le corps creux d'un coquillage, tels ceux qui bordent les cadres des tableaux de Quentin Braquart. Manuel, aprés ses tentatives infructueuses de réussite amoureuse et sociale retourne à Bargetal pour devenir...le plus jeune fossoyeur de France. Il aura au-dessus de lui le beau ciel de Bargetal et se parlera tout bas à soi-même.
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